Le Parisien, mardi 22 avril 2003Imbroglio juridique autour des Roms de Montreuil
![]()
MONTREUIL (SEINE-SAINT-DENIS), HIER. Parmi les familles expulsées, certaines ont été accueillies dans un local protestant. (LP/PHILIPPE LAVIEILLE.)
DE MONTREUIL à Montreuil : l'itinéraire des 130 Roms expulsés par les forces de l'ordre, lundi 14 avril, d'un squat de cette commune de Seine-Saint-Denis semble suivre une trajectoire en boucle. Soixante-dix anciens squatteurs se sont en effet installés dans un autre bâtiment de la ville, la salle de l'association protestante Maison ouverte. « Plusieurs familles se sont réfugiées ici avec l'accord du pasteur dès leur évacuation par la police », explique Edwige Le Net, membre du collectif de soutien. Les autres ont rejoint la Maison ouverte par vagues successives, au gré de l'évolution de leurs situations administratives respectives.
« Je ne sais même pas pourquoi j'ai été remis en liberté » Tout commence lundi dernier, au petit matin : la police, forte d'un arrêté d'expulsion datant d'août 2002, déloge 130 Roms installés rue Paul-Doumer à Montreuil. Dans la foulée, l'immeuble est détruit. Une décision jugée précipitée par le collectif de soutien, car la cour d'appel de Paris doit statuer seulement aujourd'hui sur un recours en annulation contre cette décision. « Les autorités craignaient de perdre en appel et de devoir retarder les expulsions », estime Edwige Le Net. Pour les Tziganes roumains interpellés et jugés après cette évacuation, l'imbroglio juridique est total. Vingt-quatre Roms ont été assignés à résidence, dont treize enfants. Ces personnes doivent récupérer aujourd'hui leur passeport à la préfecture de Bobigny, mais la majorité ne devrait pas se présenter, par crainte d'être arrêtés. Vingt et un autres ont été libérés
après une décision du tribunal de Meaux (Seine-et-Marne) qui a jugé les conditions de leur interpellation illégales. Mais la cour d'appel de Paris a cassé ce jugement samedi dernier, sur requête de la préfecture de Seine-Saint-Denis. Ce qui rend ces Roms de nouveau expulsables, s'ils sont frappés par un nouvel arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF). Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise) avait en effet annulé jeudi dernier les APRF qui frappaient quinze de ces vingt et un Roms. Par ailleurs, le tribunal de Cergy doit statuer sur d'autres dossiers cette semaine. Douze personnes, placées en rétention par le tribunal de Bobigny, ont été expulsées par avion vendredi et samedi vers Bucarest. Sur place, l'incompréhension est totale. « Je ne sais même pas pourquoi j'ai été remis en liberté », témoigne Cornel Stana, originaire d'un petit village près d'Arad (ouest de la Roumanie). Le jeune homme a bénéficié de la décision du tribunal de Meaux mais son épouse, enceinte de sept mois, a été expulsée samedi vers la Roumanie. Le reste des 130 Roms évacués, 70 personnes en situation régulière mais sans domicile fixe, se sont éparpillées en Ile-de-France. Squat à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) chez des compatriotes, terrains occupés à Saint-Michel-sur-Orge (Essonne) ou à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) dans des conditions très précaires. La confusion juridique actuelle rappelle celle des 183 Roms délogés en décembre dernier d'un bidonville de Choisy (Val-de-Marne). D'annulations de procédures en appels successifs, seules cinq personnes ont été finalement reconduites en Roumanie. Au local protestant de Montreuil, l'occupation doit se poursuivre jusqu'à demain, jour de reprise des activités de l'association Maison ouverte. Ensuite ? Le collectif est déjà parti en quête d'un nouveau lieu de refuge.
Victor Dixmier