Le Parisien, lundi 21 avril 2003

Les Roms trouvent refuge chez les protestants


MONTREUIL, RUE HOCHE, SAMEDI APRES-MIDI. Soixante-dix Roms se sont installés dans la salle paroissiale protestante après leur expulsion, lundi dernier, du bâtiment squatté au 47, rue Paul-Doumer.   (LP/V.D.)

    «Libérés », « Annulé », « Passeport » , « APRF » ... Les quelques mots écrits sur le tableau placé au milieu de la petite cour de l'association protestante la Maison ouverte, à Montreuil, sonnent comme un résumé de l'imbroglio juridique où sont plongés les quelque 130 Roms évacués lundi dernier du squat du 47, rue Paul-Doumer. Douze personnes placées en rétention, dont trois enfants, ont été embarquées vendredi et samedi dans des vols vers la Roumanie. Pour les autres, les situations administratives sont multiples : la majorité est en situation régulière mais sans domicile. 24 Roms (dont 13 enfants) ont été assignés à résidence (leurs passeports sont détenus par la préfecture en attente d'une expulsion) et 21 ont été remis en liberté après une décision, mercredi, du tribunal de Meaux (Seine-et-Marne) en leur faveur. Un jugement cassé, samedi, par la cour d'appel de Paris. De son côté, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise) a annulé, jeudi, quinze arrêtés de reconduite à la frontière et doit se prononcer cette semaine sur une dizaine d'autres cas.

« Même s'ils m'expulsent je reviendrai »
    Depuis une semaine, la paroisse protestante montreuilloise est devenue le nouveau quartier général de la communauté, n'en déplaise au maire (app. PCF) Jean-Pierre Brard qui demandait vendredi soir, dans un communiqué, « que cesse l'occupation précaire imposée rue Hoche, qui constitue une négation de la dignité de ces personnes sans respecter le principe d'éloignement nécessaire au bon déroulement des procédures ». Le pasteur Douglas Nelson, et l'association qui gère la Maison ouverte, ont mis leurs locaux à disposition des Roms jusqu'à mercredi, jour de reprise des activités du centre. Soixante-dix personnes soutenues par un collectif local et par le DAL (Droit au logement), s'entassent au rez-de-chaussée. Dans un coin, samedi après-midi, une mère coiffée d'un foulard noir, donne le biberon à son bébé. Dans la cour, des chaussettes sèchent sur un arbre. Une fillette, un paquet de lessive à la main, joue avec d'autres enfants. Kati, 18 ans, ne comprend rien aux démêlés juridiques de la semaine passée. « Je sais seulement que la police est arrivée un matin pour nous arrêter », murmure-t-elle. Pour la jeune fille, pas question de retourner un jour vers son pays d'origine. « Même s'ils m'expulsent, je reviendrai », lâche-t-elle comme une évidence. Chapeau sur la tête, Cerpacu Steva parle... chevaux et politique avec ses amis. Pour mieux oublier sa voiture « emmenée à la casse par la police », se lamente-t-il. Aux côtés des Roms, les volontaires du collectif de soutien s'activent : les femmes se disputent des vêtements distribués par une association et les enfants dégustent les clémentines offertes par une militante. « Les Roms sont persécutés depuis des siècles. Le comportement de la police et de la justice ne les rend pas fatalistes, puisqu'ils sont habitués à subir », remarque Claude, un membre du collectif. A Montreuil, depuis six mois, tous les enfants du squat allaient à l'école ou au collège dans des classes d'accueil qui risquent d'être bien vides, demain, jour de rentrée scolaire.

Victor Dixmier (avec B.S.)
« Ma femme a été expulsée sans moi »
CORNEL a pu parler, samedi, à sa femme, enceinte de sept mois, placée en rétention à Bobigny. « Elle pleurait au téléphone. Elle était inquiète de ne pas être avec moi, confie le jeune Roumain. Elle a été expulsée dans l'après-midi vers Bucarest, sans moi. » Séparé de son épouse, Cornel s'est réfugié à la Maison ouverte de Montreuil, après que le tribunal de Meaux l'a relâché pour des irrégularités de procédure, qu'il n'a d'ailleurs pas comprises. Cornel et son épouse sont venus il y a sept mois d'un petit village proche d'Arad (ouest de la Roumanie). Le jeune Rom connaît le prix à payer en cas d'expulsion vers la Roumanie : la confiscation de son passeport pour cinq ans. Puis, en cas de récidive, les prisons roumaines. « Je suis prêt à aller en prison, confie-t-il. En Roumanie, je n'avais ni terres à cultiver, ni travail. A l'école, les enfants sont placés au fond de la classe, et personne ne s'occupe d'eux. » En banlieue parisienne, il pouvait au moins vendre des journaux. Mais, lundi dernier, au petit matin, Cornel est parti « sans rien emporter » du squat de la rue Paul-Doumer. Il doit tout recommencer de zéro. Qu'importe un possible départ forcé vers la Roumanie, prévient-il, Cornel reviendra. Car il en est convaincu « la France est le pays des droits de l'homme ».
V.D.