Le Parisien, samedi 19 avril 2003Nouvel imbroglio lié à l'expulsion de Roms
MONTREUIL (SEINE-SAINT-DENIS), LUNDI. Les Roms roumains ne connaissent pas tous le même sort depuis leur expulsion d'un immeuble squatté. (LP/JULIEN CONSTANT.)
Une centaine de Roms roumains expulsés lundi d'un immeuble squatté à Montreuil (Seine-Saint-Denis) étaient hier en pleine confusion juridique, certains maintenus en rétention, d'autres libres, d'autres assignés à résidence, parfois membres d'une même famille. Ainsi, Augustin Demian est libre. Il fait partie d'un groupe de 20 hommes placés en rétention au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), puis remis en liberté mercredi sur décision du juge de Meaux, estimant que « les conditions d'interpellation étaient irrégulières ». Sa femme, Maria Dragan, et ses trois enfants (17, 14 et 1 an et demi) étaient, eux, maintenus au centre de rétention de Bobigny (Seine-Saint-Denis), sur décision du juge du tribunal de grande instance de Bobigny. Si son appel est rejeté, elle sera reconduite à la frontière avec ses enfants. La confusion qui a suivi l'expulsion du bidonville de Choisy, en décembre dernier, la première d'une série d'opérations visant à faire disparaître bidonvilles et squats de Roms d'Ile-de-France, est en donc en passe de se reproduire : 183 Roms avaient été expulsés le 3 décembre, 40 arrêtés de reconduite à la frontière prononcés et 5 seulement exécutés. Lundi à Montreuil, la moitié des Roms présents dans l'immeuble ont été laissés libres, sans raison apparente. Certains ont rejoint d'autres terrains occupés, une vingtaine ont été hébergés dans une salle paroissiale protestante à Montreuil. Les autres, 42 adultes et 10 enfants, ont été placés en centres de rétention, les femmes et enfants à Bobigny, les hommes entre Le Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) et Vincennes (Val-de-Marne). D'où la différence de situation juridique.
Quinze arrêtés de reconduite à la frontière annulés. Le juge de Meaux a prononcé 20 remises en liberté, alors qu'à Bobigny, 4 femmes, mères de 4 enfants, étaient maintenues en rétention et 11 femmes, avec 13 enfants, assignées à résidence. Mais un grand nombre de dossiers sont désormais caducs puisque, hier, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a annulé 15 arrêtés de reconduite à la frontière prononcés par la préfecture de Seine-Saint-Denis, sur 28 déjà examinés. Dix arrêtés ont été maintenus, mais les trois quarts concernent des Roms ayant bénéficié de remise en liberté par le tribunal de Meaux. Ils ont leur passeport, mais sont susceptibles d'être interpellés dans la rue et reconduits à la frontière. La situation des femmes et enfants assignés à résidence est un peu différente. Illeana Rista et sa fille, scolarisée comme un grand nombre d'enfants, a vu son arrêté de reconduite à la frontière annulé. Elle doit aller récupérer son passeport mardi à la préfecture. Une démarche risquée car elle peut se voir signifier un nouvel arrêté de reconduite préfectoral. Très peu prendront ce risque, préférant se fondre dans la nature.I.G.