Le Parisien, vendredi 18 avril 2003

Montreuil Roms : quinze arrêtés d'expulsion annulés


CERGY (VAL-D'OISE), TRIBUNAL ADMINISTRATIF. Les avocats du DAL ont défendu les Roms menacés d'expulsion devant le tribunal administratif, qui a annulé quinze arrêtés de reconduite à la frontière.   (LP/OLIVIER SUREAU.)

    Quinze arrêtés de reconduite à la frontière (APRF) contre les Roms de Montreuil ont été annulés, hier soir, par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), qui en a confirmé sept. Trois nouvelles décisions sont attendues aujourd'hui, et une dizaine d'autres dossiers seront examinés la semaine prochaine.
    Pour le DAL (droit au logement) et ses avocats, qui soutiennent les familles, ces premières sentences sont déjà une victoire. «C'est la sanction de la rafle ordonnée par la préfecture!», s'enflamme Edwige Le Net, la responsable du DAL 93.
    Lundi matin, à l'aube, une centaine de policiers et CRS ont évacué de force le squatt de la rue Paul-Doumer où vivaient 130 tsiganes roumains. Le bâtiment a été démoli quelques heures après. Quarante-deux adultes en situation irrégulière ont été placés en rétention administrative, au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) et au centre de Vincennes (Paris) pour les hommes; à Bobigny pour les quinze femmes, accompagnées de dix-sept enfants et bébés.

Deux juges, deux décisions différentes
    Mercredi, le juge des étrangers de Meaux, où comparaissaient 21 hommes, a annulé les procédures pour «irrégularités» et remis tout le monde en liberté. A Bobigny et à Paris, les juges ont validé la procédure mais autorisé la plupart des Roms à quitter les centres de rétention en attendant la décision du tribunal administratif appelé à se prononcer sur la validité des APRF. Hier, de 9h30 à 18 heures, vingt-huit dossiers ont été examinés dans les deux salles d'audience du tribunal administratif. Les deux juges n'ont pas tranché de la même façon, l'un considérant notamment que la signature du sous-préfet sur les arrêtés n'était pas valable, tandis que l'autre la validait. Par ailleurs, les magistrats n'ont pas considéré comme un motif suffisant les conditions «d'absence de ressources et de lieux d'accueil sur l'espace Schengen» indiqué sur certains APRF. Enfin, pour une femme qui avait déposé une demande d'asile politique, ils ont estimé que son cas n'avait pas été traité normalement par la préfecture de Bobigny: elle avait déposé son dossier le 17 février et s'était vu notifier le refus le 19 !

Blandine Seigle