Le Parisien, mercredi 16 avril 2003
Mobilisation après l'expulsion des RomsLES VISAGES fermés, l'air déterminé, une centaine de personnes se sont rassemblées, hier en fin d'après-midi, devant la mairie de Montreuil. Membres du collectif de soutien des Roms, militants de Droit au logement (DAL), des Verts ou d'associations caritatives, ils protestaient contre l'expulsion, lundi matin à l'aube, du squat du 47, rue Paul-Doumer où vivaient depuis septembre 2001 près de cent cinquante hommes, femmes et enfants.
Les familles ont été séparées Une évacuation qui s'est produite une semaine avant la date du procès en appel contre le jugement d'expulsion d'août 2002, ce qui indigne d'autant plus les manifestants, parmi lesquels Mgr Gaillot et Gilles Lemaire, le porte-parole des Verts.
« Ce qui s'est passé à Montreuil est un véritable scandale ! » lance Nathalie Astolfi, membre du collectif depuis sa création en mars 2002. Les larmes dans la voix, cette femme brune qui parle le roumain raconte comment, avec l'aide des associations, les conditions de vie s'étaient améliorées dans le squat. Les Roms pouvaient dormir dans un bâtiment en dur - l'ancienne maison de l'agriculture (qui a été complètement rasée lundi) -, l'électricité venait d'être rebranchée, les malades étaient soignés (« parmi eux, on a détecté deux cas d'hémophilie, une mucoviscidose, un diabète », rapporte-t-elle) et les enfants scolarisés dans les établissements du quartier. La militante s'inquiète particulièrement du sort réservé aux Roms en situation irrégulière, qui se sont vu notifier dès lundi soir des arrêtés de reconduite à la frontière. « Les familles ont été séparées, s'insurge-t-elle. Les 28 hommes ont été placés dans les centres de rétention du Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne, et à Vincennes dans le Val-de-Marne. Quinze femmes accompagnées de dix-sept enfants sont au dépôt de Bobigny, un local en sous-sol à peine aéré, poursuit-elle. Avec elles, il y a un bébé d'à peine un mois. »
Tous doivent comparaître ce matin devant les tribunaux de Meaux (Seine-et-Marne), Paris et Bobigny, qui statueront sur la validité des arrêtés. Quant aux Tsiganes en situation régulière, ils n'ont finalement pas été accueillis dans les foyers de la Croix-Rouge où on leur proposait un lit pour deux ou trois nuits. « On nous a dit qu'on pouvait partir si on voulait, alors on est parti », avoue Stéphane Papouka, l'ancien porte-parole du squat. Lui a trouvé un endroit où dormir provisoirement. Il se demande si ses filles pourront retourner à l'école après les vacances. Beaucoup sont dispersés. « Ils vont sans doute rejoindre d'autres bidonvilles », lâche désabusé un jeune militant avant de conclure : « Maintenant, on ne sait plus trop quoi faire. »
Blandine Seigle