Le Parisien, mercredi 14 mai 2003
Mobilisation contre les expulsions de Roms
A CHOISY-LE-ROI (Val-de-Marne) en décembre, à Achères (Yvelines), à Saint-Denis en mars et avril, à Montreuil en avril et vendredi encore à Saint-Michel-sur-Orge (Essonne), des Roms ont été délogés, des cabanes détruites sur ordre du préfet... Depuis août 2002 - date de la signature de l'accord franco-roumain prévoyant le renvoi de tous les citoyens roumains en situation irrégulière -, pas moins de 1 500 enfants, femmes et hommes ont été expulsés d'Ile-de-France. Trente ont fait l'objet de procédure de reconduite à la frontière.
Après ces expulsions à répétition, les présidents de la Ligue des droits de l'homme Ile-de-France, Michel Tubiana, et le président de Médecin du monde, Claude Moncorgé, réunis lundi à Paris, ont décidé d'envoyer une mission humanitaire en Roumanie en juillet. Elle devra dresser un état des lieux des conditions de vie des quelque deux millions de Roms, et mettre en lumière les discriminations dont ils sont victimes, afin de rayer la Roumanie de la liste des « pays sûrs » établie par le ministère de l'Intérieur, qui permet de refuser le droit d'asile et d'expulser. « L'espace Schengen donne le droit aux Tsiganes et aux Roumains de s'y déplacer librement, et ce pour une période de trois mois, avec un minimum de ressources - 500 €. Or, le ministère de l'Intérieur expulse maintenant des gens en situation régulière, sous prétexte qu'ils n'ont pas de ressources », s'insurge en outre le président de Médecin du Monde, Claude Moncorgé. « On crée le délit de pauvreté. Expulser les Roms, c'est facile et sans risque. On entretient l'obsession sécuritaire au détriment de ces parias de l'Europe. » Des parias qui redoutent par-dessus tout le retour en Roumanie. « Là-bas, nos enfants n'ont pas accès à la scolarisation. Nous n'avons pas de maisons où vivre. Nous, nous ne sommes pas des gens du voyage. Nous voulons nous intégrer en France. C'est dix fois mieux de vivre dans un bidonville ici que de survivre en Roumanie », témoigne ainsi Christian, l'un des représentants de la communauté des Roms d'Ile-de-France invité lundi. Pourtant, le sort des Tsiganes délogés de leurs abris de fortune en Ile-de-France n'est pas enviable. Si à Montreuil des familles d'accueil se sont spontanément manifestées et qu'à Achères la municipalité a pris sous sa coupe trois familles, la grande majorité est condamnée à aller de camp en camp.
Marie-Pierre Bologna