Le Parisien, jeudi 12 juin 2003Immigration Le hors-la-loi et ses hôtes clandestins
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MONTREUIL (SEINE-SAINT-DENIS), HIER. « J'accepte le risque de voir un jour des policiers frapper à ma porte », explique Xavier qui accueille des Roms en situation irrégulière chez lui. (LP/PH. DE POULPIQUET.)
«QUATRE PERSONNES de plus à la maison, cela bouleverse un peu les habitudes. Mais je ne pouvais pas les abandonner à la rue ! » Depuis la mi-avril, Xavier, 47 ans, instituteur à Montreuil (Seine-Saint-Denis) et père de famille divorcé, accueille chez lui quatre Roms dont deux sont en situation irrégulière. A ce titre, et comme une vingtaine d'autres particuliers de la commune, il pourrait être poursuivi pour « aide au séjour irrégulier », un délit passible de cinq ans de prison et d'une amende de 30 000 €, et dont le projet de loi Sarkozy sur l'immigration entend aggraver les peines (lire ci-contre). « Je connais la loi, sourit Xavier, et j'accepte le risque de voir un jour des policiers frapper à ma porte. Car j'estime que la situation de ces étrangers est contraire aux droits de l'homme. » En décidant, il y a deux mois, d'abriter chez lui Rémus, Aurora, Mario et Marguita, Xavier n'a pas vraiment réfléchi. Voisin du squat de la rue Paul-Doumer, où vivaient une centaine de Roms depuis fin 2001, il s'est d'abord ému de la situation des enfants. Avant de devenir l'instituteur de certains gamins dont le Collectif de soutien a obtenu la scolarisation. « Le 14 avril, quand ils ont été expulsés et interpellés, il fallait agir dans l'urgence. J'avais été témoin de leurs conditions de vie, je m'étais impliqué dans le Collectif et j'étais l'un de leurs enseignants. En accueillir quelques-uns, c'était une question de responsabilité. »
Deux habitants de Calais mis en examen. Ce choix de l'illégalité, Xavier et ses pairs de Montreuil l'ont revendiqué de nouveau en signant le Manifeste des délinquants de la solidarité. Par cette pétition, lancée fin mai par le Groupe d'information et de soutien des immigrés (Gisti), les signataires sollicitent leur condamnation : « Nous déclarons avoir aidé des étrangers en situation irrégulière. Nous déclarons avoir la ferme volonté de continuer à le faire. De même que nous réclamons un changement radical des politiques à l'égard des immigrés et des étrangers, nous réclamons le droit à la solidarité contre la logique des Etats. Si la solidarité est un délit, je demande à être poursuivi/e pour ce délit. » La pétition comptait hier plus de 3 220 paraphes individuels, auxquels se sont joints plus de 130 organisations, associations et syndicats. Appel à la désobéissance civile, elle prend de l'ampleur chaque jour à l'approche de l'examen de la loi Sarkozy. C'est la mise en examen de deux habitants de Calais, un éducateur au chômage surnommé Moustache et un professeur de collège, Jean-Claude Lenoir, qui a mis le feu aux poudres. Ces derniers risquent dix ans de prison pour avoir hébergé, et accepté de servir de prête-noms, à des clandestins désireux de rallier l'Angleterre. Xavier connaît leur histoire : « J'ai découvert que nous n'étions pas, à Montreuil, les seuls à désobéir ! » sourit-il.
Pascale Égré