Le Parisien, lundi 12 mai 2003

Montreuil - Les enfants roms s'accrochent à l'école

Voir aussi l'autre article, plus bas : Mobilisés contre la double peine
(paru le même jour)


MONTREUIL, ÉCOLE HENRI-WALLON , LE 9 MAI. Pour ces quatorze enfants roms évacués avec leurs familles du squat de la rue Paul-Doumer le mois dernier, l'école reste une priorité, malgré les menaces d'expulsion vers la Roumanie.   (LP/V.D.)

    ALINA SAISIT SON CRAYON rouge et trace avec application un b majuscule. B, e, l... En quelques secondes apparaît sur la feuille blanche la « Belle au bois dormant ». « Maîtresse, j'ai fini ! », lance, ravie, la fillette. Près d'elle, Florin achève d'un trait de feutre le toit d'un château, et Melinda ressuscite le chat botté. « Ils dessinent les personnages de contes découverts lors d'une sortie au château de Breteuil », explique l'institutrice Yveline Paris. Une salle de classe aux murs jaune pâle, un tableau noir et une ambiance studieuse : les quatorze enfants roms de la classe d'initiation à une langue étrangère (Clin) de l'école Henri-Wallon à Montreuil ressemblent à tous les élèves de leur âge. Leur scolarisation, débutée il y a tout juste un an, en mai 2002, est pourtant une expérience unique dans le département. Elle tient même du miracle, comme le résume Marie des Neiges Deschamps, la directrice de l'établissement : « C'est la première fois que j'ai toute classe d'enfants SDF, dont certains dorment quelquefois dans une voiture. »
    « Tout est bien ici ! » Un miracle qui perdure, malgré l'expulsion de la centaine de Roms qui squattaient un immeuble de la rue Paul-Doumer, à 50 mètres de l'école, au milieu des vacances de Pâques. Depuis, les familles sont hébergées par les membres du collectif de soutien. Et l'école reste une priorité, malgré les menaces d'expulsions vers la Roumanie. « Le jour de la rentrée, aucun élève ne manquait à l'appel », se souvient Yveline Paris. « Ils laissent leurs cartables, leurs crayons et leurs cahiers dans la classe de peur de tout perdre lors d'une expulsion ».L'intervention des forces de l'ordre a traumatisé ces jeunes Roms, âgés de 6 à 11 ans, qui « parlaient de la police constamment » après leur départ forcé, mais qui se sentent rassurés dans le cocon de l'école. « Tout est bien ici ! », s'enthousiasme Florin. Arrivé l'an dernier en France, l'adolescent n'avait pas pu fréquenter les bancs de l'école plus d'un mois, dans son village près d'Arad (ouest de la Roumanie). « Ils sont timides, mais disciplinés et polis, raconte Yveline Paris. Leurs progrès sont sensibles et ils aiment l'école. » « Mais ils ne parlent pas français en famille », regrette Marie des Neiges, et la rentrée de septembre, où chacun rejoindra une classe de l'école correspondant à son âge, devrait être un cap crucial pour des enfants habitués à se soutenir mutuellement. Car, hors de la Clin, les Roms semblent très isolés. A la récréation, aucun enfant ne joue avec eux. Des activités communes de chorale et de sport ont été créées pour briser ces barrières. « Dans un quartier en grande difficulté, les Roms font office de boucs émissaires », estime Marie des Neiges Deschamps. Mais la directrice ne se laisse pas impressionner : « L'essentiel est écrit dans la convention des droits de l'enfant : tout enfant sur le territoire français a le droit d'être scolarisé, quelle que soit sa situation ».

Victor Dixmier

Mobilisés contre la double peine

    DES FEMMES VÊTUES de robes élimées, rouges, bleues, vertes, assises sur les marches du parvis de la mairie, où se déroule un mariage ; des hommes debout, chapeau sur la tête, qui discutent ; autour d'eux des enfants qui courent, habillés pour certains de vêtements trop grands... : la quarantaine de Roms de Montreuil qui ne sont pas retournés en Roumanie après l'expulsion du 42, avenue Paul-Doumer, attendent le départ de la marche qui les conduira jusqu'à Paris, place de la République, où se tenait samedi une manifestation contre la double peine (*) . « Les Roms vivent aussi la double peine, voire la triple peine, car une fois expulsés de France, ils se voient encore condamnés en Roumanie : leur passeport est généralement confisqué pendant cinq ans, certains font même de la prison dès leur arrivée à Bucarest », s'insurge Cyrille Renaux, membre du Collectif de soutien à la communauté de Montreuil, qui organise la manifestation. Depuis l'expulsion de la centaine de Roms du squat de Montreuil, le Collectif n'a de cesse de se mobiliser pour faire entendre la voix des membres de la petite communauté. « C'est une aberration ! Leurs enfants sont scolarisés et ni la préfecture et ni la mairie ne leur trouvent un lieu où les installer », poursuit Cyrille. Du coup, une poignée de Montreuillois les ont accueillis chez eux. « On est déjà quatre, mais on n'a pas hésité à ouvrir nos portes à un couple qui se retrouvait à la rue après l'expulsion, témoigne Anne-Laure, qui vit dans un 50 m 2 à Montreuil. Le plus dur, c'est pour eux, car c'est provisoire. »
Marie-Pierre Bologna
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