Le Parisien, samedi 11 octobre 2003

L'Ile-Saint-Denis reste au chevet des Roms

 

 

 

L'ILE-SAINT-DENIS, QUAI DU CHATELIER, MARDI DERNIER. Depuis la descente de police du 22 septembre , le camp est à moitié vide. Le protocole d'accord avec la mairie est suspendu, mais l'eau, l'électricité et le ramassage des ordures sont maintenus . (LP/V.D.)

 

SUR LE TERRAIN boueux, un jeune homme en survêtement ramasse dans un sac poubelle des ordures éparpillées. Non loin du pont de la A 86, seize caravanes sont installées en cercle et quelques femmes préparent le repas de midi. Mais depuis le 22 septembre dernier, le camp rom du quai du Châtelier à L'Ile-Saint-Denis est à moitié vide. Au petit matin, quelque 200 policiers délégués par deux juges parisiens avaient investi les lieux : dans leur ligne de mire, un vaste réseau de proxénétisme et d'exploitation de mineurs. Au total, une douzaine de représentants familiaux du camp ont été mis en examen pour proxénétisme aggravé et une trentaine d'adultes mis en cause pour avoir incité des enfants au vol et à la mendicité. « Si nous les laissons tomber, des groupes mafieux risquent de revenir »

L'opération a retenti comme un coup de tonnerre pour les autorités locales : peu après Saint-Denis, la mairie de L'Ile-Saint-Denis avait en effet signé un protocole avec les résidants en juillet dernier, associant notamment le conseil général, propriétaire du terrain. Depuis, l'accord a été suspendu et le maire (vert), Michel Bourgain, avoue son pessimisme. « Un nouveau protocole n'est pas d'actualité. Les Roms n'ont pas respecté leurs engagements en dépassant le nombre de 75 occupants prévus, et les faits évoqués par la justice sont une circonstance aggravante. » L'élu admet aussi « ne plus disposer d'interlocuteur sur place ». Du côté de la préfecture, on indique que « les protocoles n'ont aucune valeur juridique » et on déplore que « la mairie de L'Ile-Saint-Denis continue d'ailleurs de traiter avec des personnes mises en cause dans des affaires extrêmement graves ». « Si nous les laissons tomber, des groupes mafieux risquent d'en profiter pour s'infiltrer de nouveau dans le camp », explique de son côté Michel Bourgain. L'eau, l'électricité et le ramassage des ordures sont donc maintenus et un employé municipal continue ses visites sur le terrain. « La situation s'est dégradée depuis le coup de filet du 22 septembre, estime cependant Hamid Khedjari, agent de l'environnement sur la commune. Le laisser-aller sur l'hygiène s'est notamment accentué. » Reste un repère : la caravane numéro un, à l'entrée du camp. A l'intérieur, Ioan Neagu accueille chaleureusement Hamid Khedjari. Libéré lundi soir par un juge parisien, ce père de cinq enfants est notamment sous le coup d'une mise en examen pour recel en bande organisée et incitation de mineurs à commettre des crimes ou délits. Marqué par sa détention, Ioan confie son impuissance : « Cet été, les occupants du camp ne maîtrisaient plus la situation. La police a eu raison d'intervenir. La trentaine de personnes encore présentes sont innocentes. » Il affirme avoir été dénoncé « injustement » par certains occupants. Pour la suite, il refuse « de prendre une responsabilité au nom des autres » auprès de la mairie.

Victor Dixmier

Ils sont près de 700 dans le département

EXPULSIONS par la police, allers-retours vers la Roumanie ou déplacements volontaires vers d'autres terrains franciliens, difficile de connaître exactement le nombre de Tsiganes roumains présents en Seine-Saint-Denis. Quelque 3 000 Roms habitent en Ile-de-France, selon l'estimation de Médecins du monde, qui assure des veilles sanitaires dans une quinzaine de camps. Dans le 93, outre L'Ile-Saint-Denis, trois villes abritent la majorité des quelque 700 Tsiganes roumains du département. Saint-Denis : deux terrains accueillent environ 250 personnes. Au Landy-France, le camp est viabilisé par la municipalité et le conseil général (lire ci-contre) . Le second, rue Francis de Pressensé, héberge quelque 150 Roms. Montreuil : une soixantaine de Roms, sur les 150 expulsés en avril dernier de la rue Paul-Doumer, sont toujours sur la commune. Les 17 familles squattent un immeuble, rue Pépin. Une quinzaine d'enfants sont scolarisés sur la ville. Aubervilliers : une centaine de Roms squattent un terrain proche de la rue du Landy.

V.D.

Alphabétisation, formation... et soirée festive à Saint-Denis

SAINT-DENIS avait ouvert la voie : en juin dernier, la commune signait un « protocole d'engagements réciproques » avec les familles roms occupant un terrain vague du Landy-France, propriété de la Direction départementale de l'équipement (DDE) et de la Ville de Paris. « Le protocole tient le coup », estime Didier Paillard, premier adjoint à la mairie de Saint-Denis. Le nombre d'occupants (une centaine) reste stable, comme convenu et « les questions d'hygiène sont réglées ». « Le camp dispose de l'eau, de l'électricité et de bennes à ordures ramassées régulièrement par nos services », indique l'élu. Un Algeco, destiné à des réunions et aux séances de devoirs des cinq élèves roms, doit aussi être installé dans les prochains jours. Un « bus » pourrait au début 2004 venir une fois par semaine, afin d'alphabétiser parents et enfants. Un projet de formation professionnelle est même à l'étude. Mercredi enfin, le comité de soutien des Roms d'Ile-de-France lance là sa « première étape de la Route des Roms ». Théâtre et musique tsigane sont au programme de cette soirée de solidarité qui débutera à 19 heures. Une initiative qui devrait être renouvelée à Montreuil, en novembre. Pourtant, ici aussi les Roms ont eu maille à partir avec la police. Les forces de l'ordre ont saisi des armes et une très grosse quantité de matériel hi-fi volé pour un montant de plus de 100 000 €, à la fin août. Certains Roms ont collaboré avec la police et aucune interpellation n'a été effectuée. Mais pour les enquêteurs, il s'agissait d'une « opération de recel de grande ampleur », liée à de nombreux vols avec effractions dans toute la France.

V.D.