Intervention d'Alain Monteagle co-président du groupe des élus ALV-MVO, au conseil municipal du 26 juin 2003

"Comment la dérive républicaine aides les idées du Front national"

Monsieur le maire, Montreuil Dépêche nous apprend cette semaine que vous avez été ému par le sort d'une petite fille de 3 ans atteinte de mucoviscidose, une petite fille Rom qui a vécu avec ses parents pendant 18 mois au 47 avenue Paul Doumer. Montreuil Dépêche nous apprend aussi que vous avez payé des nuits d'hôtel à quelques unes des 150 personnes qui vivaient dans le même bâtiment. Nous serions curieux de savoir combien de nuits, et combien de personnes furent hébergées grâce à la Mairie.

Avez-vous éprouvé de l'émotion, monsieur le Maire, lorsque la petite fille malade a vu la bâtiment où elle vivait broyé par la pelleteuse de la Mairie ? Elle ne pouvait pas le voir, me direz-vous, puisque les CRS avaient déjà emmenée cette dangereuse squatteuse roumaine. Elle pensait sans doute au traitement médical à l'électricité qu'une installation stable, dans un bâtiment en dur où l'électricité venait d'être révisée, lui permettait de recevoir depuis des mois. Ce traitement médical allait être interrompu.

Pour connaître ces fait, Monsieur le Maire, il aurait fallu que vous ayez visité le comité de soutien qui a fait un gros travail de dépistage et de soins avec Médecins du Monde, mais un maire ne peut s'intéresser à de vulgaires squatteurs, n'est-ce pas ?, seuls les maires de Nanterre, de Fontenay, de Lieusaint, de Saint Denis, bref de tous les mairies confrontées au même problème, l'ont fait.

Mais reprenons le fil de ces 18 mois. En septembre 2002 une quarantaine de famille Rom de Roumaine occupe un bâtiment du Ministère de l'Agriculture vide depuis 10 ans. Pendant 6 mois, les ordures de ces 150 personnes ne seront pas ramassées, ce qui permettra de répéter que ces gens là sont sales, ce qu'effectivement ils sont même s'ils ne l'étaient pas antérieurement. Les élus MVO interviennent pour la scolarisation des enfants dans l'élémentaire et comme la loi y oblige la Mairie, les enfants sont scolarisés et nous savons par leurs enseignants, que cette scolarisation est une réussite.

Le 20 avril 2002, la veille d'une élection présidentielle où l'extrême droite atteindra un score exceptionnel vous organisez une réunion dans l'école où vont être scolarisés les enfants. Sur votre questionnement insistant et celui de votre futur adjoint, des idées que l'on espérait disparues vont s'étaler sans honte. Vous clorez cette réunion en appelant les habita,ts à manifester devant la préfecture pour exiger l'expulsion des Roms. Les sentiments que j'évoquais se traduisent rapidement par des tags " Mort aux Roms " dans les bus et sur les murs du quartier. Le Ministère de l'Agriculture ne s'active guère pour chasser ses squatteurs.

Un an plus tard, 20 cars de CRS sont jugés nécessaires par la préfecture pour expulser une cinquantaine d'enfants et leurs parents. Une demi-heure plus tard, le bâtiment est détruit par la pelleteuse de la Mairie. Vous semblez alors croire que tous les Roms vont être expulsés vers la Roumanie, cf. le communique de lé Mairie le lendemain. En fait une demi-douzaine seront expulsés. Trois groupes du conseil municipal (MVO, PS, AVEC) vous interrogent par une lettre commune sur un hébergement d'urgence, sans jamais obtenir de réponse.

Votre délibération proposée aujourd'hui semble donner le sens de ce que vous considérez comme un heureux coup politique. Depuis le mois de janvier - avis des services fiscaux- vous avez entrepris les démarches nécessaires pour l'achat du 47 rue Paul Doumer dans la perspective de sa destruction et de l'expulsion des Roms.

Ainsi apparaîtrait un lien logique entre pourrissement délibéré de la situation, destruction du bâtiment et expulsion. Si par malheur cette hypothèse d'explication se vérifiait, les services de Monsieur Sarkozy ne seraient plus que des auxiliaires dans l'histoire, et votre initiative aurait été le véritable moteur.

Dans ce cas on pourrait sans peine affirmer qu'une telle séquence se produisant à Orange ou à Vitrolles, les partis communiste et socialiste auraient immédiatement manifesté contre l'action de la municipalité et ils auraient eu raison. Ce n'est pas ce que j'appelle un succès politique même si de nombreux maires parmi les plus orientés à droite vont avoir un logiciel commode sur " comment se débarrasser d'immigrés pauvres avec des enfants scolarisés ".

Aujourd'hui de nombreux Roms couchent dans les rues de Montreuil. Selon une tribune récente de Montreuil Dépêche signée par le PC, le PS et AVEC, les Roms ont droit à notre solidarité. Pouvez-vous donc nous dire quelles aides vous envisagez de donner ou vous avez déjà données à ces personnes et à leurs enfants ?