Le Monde, lundi 30 juin 2003Première conférence internationale sur l'avenir des Roms Lundi 30 juin 2003
Les Roms subissent de nombreuses discriminations dans leurs pays d'origine, selon un rapport de la Banque mondiale. L'élargissement de l'Union européenne ne pourra réussir sans l'intégration des communautés tsiganes dans les sociétés d'Europe de l'Est, ont averti, lundi 30 juin à Budapest, les participants à une conférence internationale sur le sujet. "La solidarité et l'égalité des chances sont non seulement la garantie de l'épanouissement des Tsiganes mais également celle du succès de l'Union européenne", a déclaré le premier ministre hongrois, Peter Medgyessy, dans son discours d'ouverture.
Cette première conférence internationale sur l'avenir des Tsiganes en Europe, organisée par la Banque mondiale, la Commission européenne ainsi que par l'Open society institute (OSI) du milliardaire Georges Soros, a réuni les premiers ministres de six pays d'Europe centrale et de l'Est, à savoir la Hongrie, la Bulgarie, la Macédoine, la Roumanie, la Slovaquie et le Monténégro. "Tous les pays d'Europe ont une dette à l'égard des Tsiganes et il est temps que nous la payions", a poursuivi le premier ministre hongrois.
Le président de la Banque mondiale, James D. Wolfensohn, a souligné que "la pauvreté et la discrimination des Tsiganes étaient des éléments déstabilisateurs pour l'Europe entière (...). Cette conférence constituera un tournant pour les Roms (...). La pauvreté des Roms est l'un des points critiques à régler au plus vite pour les pays d'Europe centrale et orientale dans leur marche vers l'Union européenne et il est dans l'intérêt de toute l'Europe d'améliorer le sort des Roms", a-t-il ajouté dans la préface d'un rapport de la Banque mondiale publié cette semaine.
Selon ce rapport, les Tsiganes demeurent marginalisés dans les sociétés où ils vivent. Ainsi 80 % des Roms vivent en dessous du seuil de pauvreté en Roumanie et en Bulgarie, avec moins de 4,3 dollars par jour à leur disposition. "Les Roms ont souvent été les plus grands perdants de la transition économique", affirme M. Wolfensohn. "Ils ont été pour la plupart les premiers à perdre leurs emplois et les derniers à en trouver un autre", a-t-il ajouté. L'espérance de vie des Tsiganes est inférieure de quinze années à celle de la population moyenne, leur taux de mortalité étant deux fois plus élevé en Slovaquie et en République tchèque, précise le rapport.
74 % DE CHÔMEURS
En outre, les Roms n'ont droit qu'à une éducation médiocre : en Bulgarie, seulement 11 % des jeunes suivent des études secondaires alors que la moyenne nationale est de 67 % et le rapport précise que 1 % seulement des Roms d'Europe centrale suivent des études universitaires. Le rapport indique aussi que les enfants tsiganes sont souvent placés à cause de leur origine dans des classes qui accueillent des enfants à problèmes. Le handicap scolaire est en partie responsable du taux de chômage très élevé chez les Tsiganes - 74 % pour la communauté hongroise -, qui ont été exclus du marché du travail lorsque les pays à économie planifiée sont passés au début des années 1990 à une économie de marché.
En Hongrie, seulement 26 % des Roms avaient un travail dans les années 1990 alors que 80 % d'entre eux avaient un emploi dans les années 1970, souligne le rapport de la Banque mondiale. Anna Diamantopoulou, commissaire européenne chargée de l'emploi et des affaires sociales, a déclaré que les questions ayant trait aux Tsiganes étaient dorénavant considérées comme des questions concernant toute l'Union européenne. "Les Tsiganes font face à la discrimination et à la pauvreté et cela inquiète l'Europe entière", a encore ajouté Mme Diamantopoulou à l'adresse de l'assemblée où siégaient des centaines de responsables tsiganes.
Avec l'adhésion à l'UE en mai 2004 de dix nouveaux pays, près de cinq millions de Tsiganes vont rejoindre l'Union européenne, ce qui fera d'eux la minorité ethnique la plus importante en Europe. (Avec AFP)