L'Humanité, jeudi 17 avril 2003Montreuil : après la rafle, le tribunal
Les tribunaux de grande instance de Bobigny, Paris et Meaux statuaient, hier, sur la légalité de l'arrestation des Rom de Montreuil.
Après la rafle, lundi avant l'aube, de 150 Rom installés dans un immeuble de la rue Paul-Doumer de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, soixante-trois personnes ont été arrêtées pour défaut de titre de séjour. Après une fouille qui a même concerné les enfants de quatre ans, les familles ont été séparées : les hommes d'un côté, les femmes de l'autre. C'est ainsi qu'hier onze personnes retenues au centre de Vincennes sont passées devant la justice à Paris, vingt et une, envoyées au Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne, ont été jugées au tribunal de Meaux. Et quinze femmes, accompagnées de dix-sept mineurs et de deux bébés, dont un d'un mois, ont été présentées à dix heures, au TGI de Bobigny.
La nuit passée dans le sous-sol du commissariat de la ville, qualifié de centre de rétention, avait laissé des traces : pour ces trente-cinq personnes, dont sept adultes et une adolescente enceinte : deux douches, sans porte, trois WC à la turque, six lavabos et six urinoirs non protégés, à la hauteur des visages des enfants. La convention internationale des droits de l'enfant et celle des droits de l'homme interdisent la détention d'enfants de moins de douze ans dans ces conditions. Me Dominique Hilsum, indigné, a demandé aux magistrats une visite des lieux. Comment s'étonner, alors, qu'hier matin, dans la pièce du 35 bis du tribunal de Bobigny, trop petite pour contenir à la fois les prévenus, la police et le public, les femmes offraient des visages aux traits pâles et tirés, des regards perdus. Stoïque, l'une donnait le sein à son bébé, le plus discrètement possible, l'autre tentait de convaincre un petit bonhomme de trois ans de rester assis... Toutes suivaient les allées et venues, visiblement sans comprendre grand-chose à ce qui se passait.
Le comité de soutien, qui avait organisé un rassemblement, à Montreuil, mardi soir, et tient une réunion publique, ce soir, demande la libération immédiate des tous les Rom interpellés, leur régularisation et leur relogement. Rappelons que l'immeuble dont ils ont été chassés a été détruit lundi. Contrairement, d'ailleurs, à ce que nous avions écrit dans l'Humanité du 15 avril, la mairie n'avait pas cherché, le 21 avril 2001, à détruire un bâtiment qui ne lui appartenait pas, mais l'arrivée sur les lieux d'une grue avait soulevé une certaine émotion [Note du Collectif de soutien : vous avez déjà vu des grues qui apparaissent subitement ? Ce n'était pas le 24 avril 2001 mais le 20 mars 2002 et c'était une trcatopelle pas une grue, les photos sont ici sur le site de Libé (journal qui brille par son absence depuis l'expulsion) Pauvre Emilie Rive qui a dû être contrainte de publier cette phrase sous son nom...]. Ce qui prouve bien l'angoisse dans laquelle vivent ces familles, certaines depuis plus de dix, voire quinze ans.
Dans une déclaration, lundi après-midi, les communistes de Montreuil avaient fait part de leur émotion. Ils demandent au ministre de l'Intérieur de renoncer à l'expulsion hors de France des familles et au préfet " la régularisation urgente des titres de séjour et la prise en charge du logement de ces familles pour ne pas laisser les collectivités territoriales seules face à ce devoir de solidarité ". Ils rappellent leur attachement à une " politique européenne d'ouverture " et de " libre circulation de tout être humain en Europe et dans le monde ".Émilie Rive