Comuniqué de Jean-Luc Millet, pour la section de la LDH de Choisy-Orly, appelant à mobiliser la Ligue des Droits de l'Homme au niveau national :Trop, c’est trop !
Le 3 décembre 2002, 300 policiers et 150 gendarmes évacuent trois terrains et un squat occupés par 160 roms à Choisy le roi et Rungis. Quelques jours plus tard, à l'exception de six d'entre eux, renvoyés en Roumanie, la justice remet en liberté la plupart des roms interpellés.
Devenus sans abri, les familles roms avec ou sans enfants sont hébergées dans des hôtels et des foyers sur le département du Val de Marne ou à proximité.
Pendant une bonne semaine, la presse se fait l’écho de l’émotion suscitée par une telle opération. Nicolas Sarkozy semble empêtré entre le discours humanitaire employé pour justifier cette évacuation musclée et la pratique utilisée. Les associations et les avocats se trouvent bien seuls pour condamner l’ensemble de la procédure. Silence gêné des partis de gauche et peu de relais de la part des organisations nationales de droits de l’Homme mis à part «médecins du Monde » (qui est présent régulièrement sur les campements de ROMS en Ile de France).
Profitant du peu de réactions contre le projet de loi de sécurité intérieure et sa mise en pratique initiée à CHOISY, Nicolas Sarkozy ouvre un nouveau front en invitant en France, une association roumaine Romani CRISS. Le but avoué est d’inciter les roms à repartir en ROUMANIE grâce à l’aide de cette ONG.
Quelques jours plus tard, Romani CRISS, après des visites des terrains et rencontres avec les Roms et le collectif ROMEUROPE publie un communiqué qui :
~~> réaffirme le droit de libre circulation, interne et internationale des personnes, en tant qu’une part des droits universaux de l’homme et une liberté fondamentale.
soutient le respect des principes de non-discrimination envers les Roms, le droit de choisir librement la résidence, le droit de solliciter l’asile dans un autre pays, le droit de retourner à l’Etat dont ils sont citoyens, ainsi que le droit d’être traités dans l’esprit du respect pour la dignité humaine par les Etats sur le territoire desquels ils se trouvent, citoyens de l’Etat respectif ou pas.
~~> dénonce les pratiques discriminatoires dont les victimes peuvent être des personnes appartenant à la minorité des Roms, en Roumanie en tant qu’en France, telles qu’elles sont constatées par les organisations non-gouvernementales de Roumanie, de France ou par celles avec un mandat international. »
Malgré ce nouveau camouflet dont ni la presse ni les organisations nationales ne se font l’écho, Nicolas SARKOZY pousse les feux, les évacuations reprennent et quittent les premières pages des médias et les rubriques «politique et société » pour n’occuper que quelques lignes dans les pages «faits divers. »
En février, Lieusaint. L’arrestation et le renvoi en ROUMANIE de Valentin Sandor, le porte-parole des Roms du bidonville de Lieusaint et de quelques-uns uns de ses compatriotes, indiquent clairement que le temps des recherches de solutions humaines et d’intégration étaient bel et bien révolues.
Le 6 mars, à Achères et à l’Ile Saint Denis malgré le soutien des municipalités avec les familles, le terrain et le squat sont évacués. La soixantaine de Roms qui vivaient encore à Achères sont expulsés en quelques heures par 150 policiers et CRS. Une enfant est arrêtée à l’école. Les caravanes sont broyées sur place. Quinze Roms reçoivent des APRF pour pauvreté (application abusive de l’article 5c des accords de Schengen) et sont renvoyés en Roumanie. Après quatre jours d’hébergement à l’hôtel les Roms de l’Ile Saint-denis sont laissés sans abri.
Le 27 mars évacuation d’un terrain au quartier du fort de la Briche à Saint Denis : 160 Roms – en situation régulière- sont hébergés trois jours dans un hôtel de Roissy puis laissés sans abri.
Toutes ces familles évacuées des terrains et squats, abandonnées au mieux après quelques jours d’hébergement à l’hôtel, sont restées bien sûr et ont cherché abri sur les terrains existants ( Pierrelaye, Saint-Ouen l’Aumône, Saint-Denis, Créteil) qui deviennent surpeuplés ou sur de nouveau terrains, comme à Stains, tous menacés de nouvelles évacuations.Et, le 14 avril, Montreuil.
Ce lundi là, à 6 heures du matin, plusieurs centaines de CRS équipés de flash-balls et de tenues anti-émeutes bloquent tout un quartier de Montreuil pour expulser 150 roms qui occupaient depuis septembre 2001 un immeuble appartenant aux services des domaines de l’état. Tous les Habitants hommes, femmes, enfants sont sortis du bâtiment par la police, alignés contre un mur et fouillés, y compris les enfants. Les familles sont éclatées, les hommes d’un côté les femmes de l’autre, avant d’être conduit dans un centre de rétention.
Cinquante-deux personnes par mis lesquelles dix-huit mineurs, sont détenues dans trois centres de rétention ( Vincennes, Mesnil Amelot, Bobigny).Pour la première fois en France, au mépris du droit et des conventions internationales qui interdisent ces pratiques (Convention Internationale des droits de l¹Enfant, Convention Internationale des droits de l’Homme, toutes deux ratifiées par notre pays), de jeunes enfants (onze enfants de moins de douze ans et même un bébé âgé d¹à peine 1 mois) sont détenus dans ces conditions.
Aucun écho dans la presse nationale écrite et audiovisuelle, aucune déclaration des organisations nationales des droits de l’homme.
Les charters sont maintenant opérationnels, les opérations anti-roms sont banalisées. Les hôtels sont vidés de leurs occupants, Les foyers dans lesquels vivent des familles avec des enfants scolarisés ne les hébergeront plus à la fin du mois de juin.
Tout le patient travail d’intégration, toutes les démarches pour la scolarisation des enfants sont mises à terre.Devant ce constat terrible et cette mise en pratique de la « guerre aux pauvres » si fortement condamnée par la Ligue des Droits de l’Homme, va-t-on continuer à laisser quelques citoyens, comités de soutien et quelques trop rares sections de la LDH (Choisy-Orly, Montreuil, Créteil) s’épuiser à la gestion humanitaire de ces situations ?
Va-t-on les laisser longtemps le dos au mur s’évertuant à grappiller quelques jours d’hébergement par-ci ou quelques rares aides sociales par-là ?
Va-t-on permettre les expulsions des roms, connaissant les discriminations énormes dont ils font l’objet en ROUMANIE ?Depuis plus de trois ans, la section de la LDH de CHOISY-ORLY avec les collectifs de soutien locaux et avec Romeurope combat au côté des Roms pour que les droits à une vie décente (santé, logement, scolarisation, titres de séjour) leur soient reconnus.
C’est pourquoi, la section de la LDH de CHOISY-ORLY réclame vivement auprès de toutes les instances de la ligue (sections, départements, régions et national) une réaction et une campagne nationale forte au regard de l’enjeu.
La section de la LDH de CHOISY-ORLY demande qu’un temps de débats du congrès national soit consacré à la situation de roms.
Pour la section de la LDH
Jean-Luc MILLET