Déclaration du Collectif de soutien aux Rroms de MontreuilC'est un triste anniversaire que nous commémorons aujourd'hui : cela fait deux semaines exactement que les Rroms ont été expulsés avec la violence que l'on sait du squat rue Paul Doumer à Montreuil.
Seul, le tribunal de grande instance de Meaux a rendu la justice qui leur revient aux Rroms : ce tribunal a reconnu et fait savoir que l'expulsion du bâtiment n'en n'était pas une…Deux avocats se sont même risqués à qualifier de rafle l'intervention musclée du 14 avril au matin. Aujourd'hui, après l'appel de la préfecture de Bobigny, justice a été retirée aux Rroms, puisque la cour d'appel de Paris a invalidé ce jugement sous la pression politicienne. Nous déclarons nous, collectif de soutien, que nous irons jusque devant la cour de cassation et épuiserons tous les recours en espérant que la justice soit rendue aux Rroms et ce en toute indépendance concernant les faits avérés et reconnus à Meaux .
Nous dénonçons le fait aussi que la police française d'aujourd'hui n'a rien à envier à la police de Vichy : même déresponsabilisation des fonctionnaires (il n'y a qu'à voir la décontraction et le détachements des fonctionnaires de police qui officiaient ce matin-là), mêmes pratiques (aller chercher les gens dans leur lit, procéder à l'évacuation chambre par chambre), même absence de scrupules (les enfants, les landaus ont été ignominieusement fouillés).
Il fut un temps où des français se sont portés solidaires des Juifs en les cachant chez eux. A Montreuil, aujourd'hui, des français se sont aussi portés solidaires en accueillant les Rroms chez eux. Ceux-là furent fêtés en héros, serons-nous nous-mêmes criminalisés pour les mêmes faits ? Cependant, le peuple Rrom et parmi eux, les Rroms de Montreuil, après avoir été raflés, sont maintenant, si n'était la solidarité roms-français, à la rue. En effet, les quatre cars de CRS, qui ont pris position - selon les nombreux témoignages des Rroms- dès quatre heures du matin ce 14 avril ont laissé plus de 120 Rroms dans le dénuement le plus total, sans compter qu'à ce jour, ce déchaînement de force et de violence ont abouti à une quinzaine d'expulsions du territoire…Ce sont dont plus d'une centaine de personnes hommes, femmes et enfants qui sont aujourd'hui jetés dans la rue, sans que les pouvoirs publics ne s'en émeuvent. La pugnacité des Rroms eux-mêmes et la détermination du collectif ont maintenu les axes de la lutte et une des causes de leur arrivée en France : le bâtiment est rasé, mais les Rroms sont debouts et leurs enfants à l'école…
Nous savons que Monsieur Brard déplore cet état de fait et qu'il a fait connaître dans un communiqué de presse son indignation quant à la permanence de la présence des Rroms sur Montreuil : mais monsieur Brard, les faits sont têtus : la solidarité qui ne vous étouffe pas nous a poussé nous à tout mettre en œuvre pour que les enfants, ne vous en déplaise, puissent continuer leur scolarité comme tout autre enfant, fut-il Rrom, Malien ou Français. Des députés européens, et la défenseur des enfants ont alerté le préfet Michel Sapin sur l'irréparable que constituerait une expulsion pour l'avenir de ces enfants. Monsieur Sapin, vous avez répondu à Martine Billard que vous l'informeriez des suites que vous donneriez à ses préoccupations…Nous sommes impatients de connaître votre réponse. Car ce déchaînement de violence et cette férocité envers la communauté Rrom sont loin de nous décourager dans notre engagement…Aujourd'hui à Montreuil, les Rroms et parmi eux, leurs enfants, sont toujours parmi nous et ont droit à ce que tous les états leur ont toujours refusé : la dignité et un avenir pour leurs enfants… Nous savons que d'autres expulsions sont imminentes à St Denis, à Stains, à St Michel sur Orge, à Créteil , nous savons aussi les souffrances qu'elles vont engendrer et la gravité de ces exactions de l'Etat Français pourtant signataire de la Convention Européenne des Droits de l'Homme : les quartiers de l'Ile-de France , comme la rue Paul Doumer à Montreuil, vont subir un nettoyage que nous osons nous qualifier d'ethnique.
C'est pourquoi nous sommes plus que jamais mobilisés et déterminés aux côtés des Rroms, pour exiger leur régularisation et leur relogement immédiat. Nous y sommes d'autant plus arc-boutés que nous savons hélas, qu'un Sarkozy ou un Brard sont un épiphénomène dans l'histoire des Rroms, persécutés, bafoués et discriminés depuis maintenant cinq siècles. Nous dénonçons enfin la mise en place d'une Europe forteresse, qui contrôlera implacablement les déplacements des personnes à l'intérieur de son espace, condamnant les Rroms à leur destin d'éternels étrangers, indésirables partout, lentement assassinés, au nom des seules lois du profit et du libéralisme qui s'étendent aussi à l'Est. Nous serons modestement, ces grains de sables qui savent si bien enrayer les mécaniques les mieux huilées…